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Poursuites juridiques contre des élèves pour « apologie du terrorisme » : une nouvelle manifestation de racisme d’Etat
Article publié le 10 novembre 2020

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, des procédures judiciaires scandaleuses (gardes à vue, mises en examen) ont été lancées contre des élèves scolarisé·es dans des écoles, collèges et lycées pour « apologie du terrorisme ». Ainsi, selon l’AFP, l’Éducation nationale a recensé « 400 violations » lors de la minute de silence organisée lundi, Jean-Michel Blanquer annonçant que chaque incident avait fait l’objet de poursuites disciplinaires, voire pénales. A la date du 3 novembre, 66 enquêtes pour apologie du terrorisme avaient été ouvertes à la suite de signalement à la plateforme Pharos, « souvent », de l’aveu même du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, contre des « jeunes personnes, qui ont entre 12 et 16 ans ». La plupart des médias servent complaisamment de caisse de résonance à cette répression.

Le jeune ou très jeune âge des élèves ne semble pas modérer la volonté répressive des autorités. Ainsi, à Strasbourg, une enquête pour apologie de terrorisme visant deux collégiens de 12 ans a été ouverte. A Albertville, quatre enfants de CM2 âgé·es de 10 ans ont été arrêté·es chez eux par des policièr·es pour certain·es armé·es et cagoulé·es. Dans le Bas-Rhin, deux enfants de 8 et 9 ans sont visé·es par une enquête sociale initiée par le parquet de Strasbourg.

L’absurdité et le racisme islamophobe de ces interventions répressives dépasse parfois l’imagination. Ainsi, au Mans, une proviseure a cru bon d’appeler la police après qu’un élève a été aperçu en train de photocopier une feuille de papier portant une inscription en arabe, au CDI du lycée.

SUD Education 93 dénonce le caractère manifestement disproportionné de ces interventions. Celles-ci contreviennent à la Convention relative aux droits de l’enfant, qui précise notamment que « l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit (..) n’être qu’une mesure de dernier ressort » (article 37), et que lorsqu’un enfant est « suspecté, accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale », il faut « prendre des mesures, chaque fois que cela est possible et souhaitable, pour traiter ces enfants sans recourir à la procédure judiciaire » (article 40). Par ailleurs, on peut douter que ces interventions policières favorisent « l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités », comme la Convention engage ses signataires à le faire (article 29). Il est en effet probable que les enfants interpellé·es, ainsi que leurs camarades de classe, seront durablement traumatisé·es par ces interpellations. SUD Education 93 affirme que c’est d’abord une réponse pédagogique qui doit être apportée.

Ces interventions policières disproportionnées s’ajoutent à la violente répression subie ces derniers jours par des lycéen·nes en lutte pour faire appliquer un protocole sanitaire digne de ce nom dans leur établissement.

Ces agissements participent d’une psychose islamophobe que les responsables gouvernementaux alimentent plutôt que de désamorcer. SUD Education 93 dénonce le racisme d’Etat qui conduit à la criminalisation des élèves et exprime son entière solidarité envers les personnes victimes de racisme d’Etat.