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Le numérique à l’école, la pollution derrière l’écran
Article publié le 21 novembre 2019

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Manuels numériques, tablettes, tableaux numériques, environnements numériques de travail (ENT), livrets numériques… ces outils se multiplient dans l’Éducation nationale. Dans les collèges de Seine-Saint-Denis il y avait plus de 17 000 ordinateurs et 8 000 tablettes en 2017, dans les lycées d’Île-de-France 177 000 tablettes ou ordinateurs sont prêtées aux lycéens en 2019 et bon nombre d’établissements ont abandonné le papier pour des manuels numériques.Les ENT sont partout pour les enseignant·es et les élèves, les applications à distance se multiplient...

Parfois utiles voire émancipateurs, ces outils servent aussi souvent à contrôler et aliéner. Ils sont surtout régulièrement inutilisables faute de maintenance ou d’infrastructures adaptées, et ils nous placent toutes et tous dans une situation de dépendance vis à vis d’entreprises privées pour lesquelles l’émancipation de la jeunesse est loin d’être une priorité.


Le débat sur l’utilité ou la dangerosité du numérique à l’école et dans la société est vif et un de ses aspects trop souvent ignoré est son impact écologique, qui se révèle désastreux à l’instar des technologies dites « vertes » qui lui sont associées.

La production, première source de pollution

Tablettes, ordinateurs, smartphones, serveurs (pour le stockage, les outils à distance…), tous ces objets sont fabriqués avec une très grande variété de matières dont beaucoup de métaux différents - une cinquantaine pour une tablette/smartphone. Leur extraction est pour la plupart extrêmement énergivore et incroyablement polluante. Elle se fait dans des pays où il n’y a pas ou peu de normes environnementales et un droit du travail très défavorable au travailleurs·euses. Elle provoque de véritables désastres écologiques, sanitaires et sociaux, et elle se fait à un rythme qui nous mène vers une disparition rapide de ces ressources.

A titre d’exemple, il faut compter environ 800 kg de matières premières pour un ordinateur, de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de kg pour un smartphone ou une tablette.


Les procédés chimiques utilisés lors de l’extraction de ces matières polluent de manière profonde et durable l’air et l’eau de régions entières en Chine ou en Afrique, et les rendent parfois inhabitables.

Par ailleurs l’énergie nécessaire à l’ensemble de leur chaîne de production (extraction, construction, assemblage, transport) provient très majoritairement d’énergies fossiles et produit de grandes quantité de dioxyde de carbone - 124 kg pour un ordinateur, l’équivalent d’un vol Paris-Lyon.

L’utilisation, une pollution invisible mais bien réelle

Le numérique, c’est aussi une consommation électrique qui explose. Une recherche sur internet mobilise 100 watts sur un ordinateur, l’envoi d’un mail d’un mégaoctet équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes.

Certains usages sont plus consommateurs que d’autres : les ordinateurs allumés en permanence, le passage par des services en ligne plutôt qu’en local (cloud, streaming, applis à distance, etc.), l’utilisation de logiciels lourds et mal optimisés qui prennent de la place sur les disques durs et exigent des machines puissantes, les listes de mail, l’envoi de pièces jointes lourdes... Vu le nombre de machines et d’usagers que représente l’éducation nationale, et vue la tendance actuelle à viser le « tout numérique » et la « dématérialisation », l’impact écologique du numérique à l’école n’est pas négligeable.

Rappelons qu’au niveau mondial le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation électrique – soit près de 4 % des émissions de gaz à effet de serre. Et si en France la production d’électricité est moins productrice de CO2, n’oublions pas qu’elle produit des déchets nucléaires dont personne ne sait vraiment quoi faire.

Recycler, ré-utiliser, augmenter la durée de vie

Enfin, lorsqu’ils ne fonctionnent plus ou sont devenus obsolètes faute de réussir à faire tourner les logiciels récents, les objets numériques deviennent des déchets très polluants et bien peu valorisés.

La majorité ne sont jamais recyclés, et même lorsqu’ils le sont c’est loin d’être à 100 %. A titre d’exemple si le plastique, l’or, le fer, l’argent sont récupérables, près de 20 métaux sur les 50 qu’on trouve dans une tablette ne le sont pas (dont les métaux « rares » qui sont les plus polluants à extraire du sous-sol). Au final, seul 18 % des métaux sont récupérés.

Que peut-on faire ? Que devons-nous exiger de notre employeur ?

Dans nos écoles et établissements les ordinateurs, tablettes et autre outils en fin de vie doivent impérativement être triés pour être recyclés ou reconditionnés. Les collectivités (mairie, département, région) doivent mettre en place la collecte, le tri et le recyclage de ces déchets.

Il faut aussi veiller à les faire durer le plus longtemps possible. Pour cela une maintenance régulière est indispensable et leur usage doit être raisonné et favoriser les logiciels les mieux optimisés qui restent utilisables le plus longtemps possible avec des machines vieillissantes. Les collectivités doivent embaucher en nombre suffisant des personnels formés et compétents pour la maintenance, et fournir des suite logicielles adaptées à ces problématiques.

Le tout numérique doit être remis en question. Le numérique a toute sa place à l’école à condition de ne pas être un dogme aveugle. L’ordinateur et les réseaux ne sont pas la réponse aux questions pédagogiques ou sociales, et ils sont au contraire de nouvelles sources de problèmes. Ce ne sont pas de milliers de tablettes dont les élèves ont besoin, mais de personnels d’éducation formés.

Enfin, l’éducation nationale doit intégrer la problématique écologique dans son approche du numérique. Les bonnes pratiques doivent être diffusées auprès des personnels, l’étude de l’impact écologique de cette industrie doit être intégrée aux programme scolaires, et les pratiques permettant une sobriété numérique doivent être enseignées aux élèves à tous les niveaux.

Sources : seinesaintdenis.fr ; iledefrance.fr ; lejournal.cnrs.fr ; ademe.fr


Nous revendiquons

- la mise en place de la collecte et du tri des déchets numériques

- le recrutement en nombre de personnels formés à l’entretien et la maintenance des outils informatiques

- la généralisation de l’usage de systèmes d’exploitation et de suites logicielles économes en énergie et à longue durée de vie sur l’ensemble des parcs informatiques, en favorisant les logiciels libres

- la sortie du tout numérique pour un usage raisonné et réfléchi de l’outil informatique

- l’intégration des enjeux environnementaux du numériques aux programmes scolaires à tous les niveaux

- la diffusion des bonnes pratiques écologiques dans l’usage du numérique au sein de l’éducation nationale