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Hommage à Samuel Paty, version New Public Management
Article publié le 6 janvier 2021

Nous relayons le communiqué de 2 enseignantes du collège Cesaria Evora de Montreuil

Tous les vendredis, les personnels du collège REP Cesaria Evora de Montreuil reçoivent une newsletter signée « La direction ».
Cet outil de « team building », employé depuis peu par les jeunes personnels de direction formés au New Public Management, commence à se généraliser dans les établissements scolaires : les directions informent les personnels enseignants de l’agenda de la semaine et distinguent certain·es en mettant en avant leurs « projets ».
Certain·es personnels de direction de ce nouveau genre pensent que pour souder les équipes, rien ne vaut une touche d’humour... ce qui peut déjà paraître déplacé lorsqu’on qu’on connaît la réalité du vécu du métier d’enseignant·es.
Cette réalité, qu’a voulu porter à la connaissance du plus grand nombre pour briser l’omerta le mouvement #pasdevagues et le collectif des Stylos Rouges, est faite de grandes difficultés, voire d’une impossibilité à délivrer un enseignement digne pour les élèves et à en prendre soin lorsqu’ils sont en souffrance : au collège Cesaria Evora, l’assistante sociale n’est pas remplacée depuis 2 ans, et comme partout en France depuis des années, l’infirmière, le médecin scolaire et la psychologue de l’Education nationale sont répartis sur plusieurs établissements et se retrouvent donc dans l’incapacité de remplir leurs missions.
Nul n’ignore le mal-être, le sentiment d’impuissance et d’abandon des enseignants, maintes études en témoignent ces dernières années : crises des vocations, démissions en série, arrêts maladie…Or ces directions feignent d’ignorer cette réalité du terrain, et vont jusqu’à la nier : ces newsletter en sont une illustration.

Nous avons reçu la dernière de ces newsletter vendredi 18 décembre. Nous sommes deux enseignantes extrêmement choquées par le choix fait par la direction de l’image reproduite en bas de page et de la légende qui l’accompagne. Le célèbre tableau « La mort de Marat » a été rebaptisé « Professeur ayant fini de corriger son paquet de copies » et est introduit par la phrase suivante : « A ne surtout pas prévoir ».
La direction a clairement voulu faire de l’humour une semaine avant les vacances de Noël...
Le choix de ce tableau deux mois après l’événement on ne peut plus traumatisant de la décapitation de notre confrère Samuel Paty dit l’horrible faculté d’oubli d’une direction irresponsable, bien représentative du Ministère Blanquer et du mépris dans lequel il tient la profession. Il faut donc qu’ils soient bien coupés de la réalité du terrain pour oser faire de l’humour avec un tel tableau, sans songer à la résonance lugubre et anxiogène que cela ne peut qu’occasionner dans les coeurs et les esprits des enseignants. Comment ne pas penser, à la vue de ce tableau, à notre collègue assassiné dans un bain de sang ? Quelle ignominie ou quelle bêtise crasse peut donc amener les responsables d’un établissement à utiliser un tel tableau pour faire de l’humour ? Il faut croire qu’ils ont déjà oublié Samuel Paty, qu’ils ont la mémoire bien courte.

Ce déficit de mémoire de la part d’une direction nous paraît grave et tristement éloquent. Nous estimons qu’il est de notre devoir de le dénoncer.

Deux enseignantes du collège, souhaitant rester anonymes.