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Epinay-sur-Seine : journée de mobilisation - L’égalité Républicaine, une illusion à l’épreuve du terrain.
Article publié le 12 février 2019

 

 

Tribune du collectif des enseignant·es et des parents d’Épinay-sur-Seine


L’égalité républicaine, une illusion à l’épreuve du terrain

Inégalité républicaine
Contrairement aux idées reçues, la Seine-Saint-Denis, ou 9-3, comme ils disent non sans mépris, est le département métropolitain le plus à l’écart des services publics, notamment celui de l’Éducation. À grand renfort de sigles (REP, REP+, QPV, RAR) plus stigmatisants qu’efficaces, les gouvernements successifs veulent nous faire croire que notre département croule sous des moyens illimités.
En tant que professionnels du terrain, nous nous devons d’affirmer que ce n’est pas le cas. Au contraire, même. Le sociologue Benjamin Moignard l’explique bien : l’établissement le moins doté de Paris est mieux doté que le plus doté des établissements de Seine-Saint-Denis. Concrètement, cela se traduit par des classes de CP moins rapidement dédoublées qu’ailleurs (47% l’ont été en 2017 contre 63,3% au niveau national), par une instabilité des équipes pédagogiques (près de 50% des enseignant-e-s restent en poste moins de deux ans sur un établissement, contre 33% au niveau national), par la présence d’un seul médecin scolaire chaque 12 000 élèves (50% des postes sont vacants).
Cela se traduit également par une mise à l’écart des élèves à besoins particuliers puisque les rares dispositifs dont ils bénéficient (heures de français pour les allophones, modules relais, cours en effectifs réduits) sont les premières heures sacrifiées au nom de la sacro-sainte rentabilité.
La ville d’Épinay-sur-Seine et plus largement la Seine-Saint-Denis sont bel et bien les territoires oubliés de la Nation.

Le déterminisme, vraiment ?

“Déterminisme social”, disent-ils. Non. Nos élèves ne sont pas moins capables que les autres. Nos élèves sont victimes d’un désinvestissement de l’État.
“Déterminisme culturel”, voire racial, pensent-ils. Non. Nos élèves n’ont pas moins envie d’apprendre que les autres. Nos élèves sont victimes d’un rejet de la part de l’Institution.
En quel (dés)honneur peuvent-ils invoquer le déterminisme quand les locaux sont à ce point dégradés qu’aucun-e élève spinassien-ne ne peut avoir accès à une formation numérique adéquate, que beaucoup sont condamné-e-s à passer leur scolarité dans des préfabriqués non conformes ou dans des structures vieillissantes, que tou-te-s connaîtront le danger des couloirs saturés ?
Les élèves, les familles et les professeurs se battent chaque jour dignement pour faire vivre un espoir d’égalité qui n’est pour le moment qu’illusoire.
Nous ne demandons pas plus de moyens qu’ailleurs, nous demandons les mêmes moyens qu’ailleurs, et ce pour tou-te-s les élèves.

Le poids des politiques nationales injustes

Les réformes passées, présentes et à venir dégradent grandement les conditions d’apprentissage, au mépris de l’obligation légale d’assurer un climat de sécurité et de confiance dans les établissements scolaires.
Les pratiques managériales consistant à augmenter le temps de travail se font sentir dans l’éducation. En effet, les enseignant-e-s peuvent dorénavant se voir imposer deux heures supplémentaires, ce qui n’est qu’une manoeuvre pour dissimuler des suppressions de postes. Concrètement, certain-e-s professeur-e-s vont travailler deux heures de plus quand d’autres viendront uniquement pour combler le temps restant, c’est-àdire trois, quatre, cinq ou six heures seulement. Comment peut-on s’investir pleinement ou être disponible régulièrement pour les élèves quand on est présent aussi peu de temps dans un établissement ?
Les conséquences de ces heures supplémentaires sont donc la diminution du taux d’encadrement des élèves, la dégradation de nos conditions de travail et le recours à des emplois précaires. L’argument de l’augmentation des salaires par les heures supplémentaires est une hérésie alors même que le salaire de base d’un-e enseignant-e en France est nettement en dessous de la moyenne de l’OCDE.
Nous refusons catégoriquement l’imposition de ces heures supplémentaires et réclamons une revalorisation des salaires.

La réforme du baccalauréat, va, elle, entraîner, par la raréfaction des spécialités et options à mesure que l’on s’éloigne de la capitale et par le recours au contrôle continu pour 40% de la notation, la délivrance de diplômes non plus nationaux mais locaux. Nos élèves, alors détenteurs d’un baccalauréat estampillé “Seine-
Saint-Denis” vont être stigmatisés et leurs chances d’être sélectionnés dans des formations prestigieuses s’en verront amoindries. Les politiques successives qui démantèlent le Service Public d’Éducation et leur mise en oeuvre sont irresponsables et ne font qu’accentuer les inégalités sociales et territoriales.
Cette réforme du baccalauréat va d’ailleurs dans le sens de l’autonomie des établissements qui permet à la direction de définir une partie de la rémunération des enseignant-e-s et qui l’autorise à avoir des avis tranchés, parfois sans concession, sur l’attribution des heures d’enseignement.
Cela entraîne aussi la mise en concurrence des disciplines, notamment au lycée où les lettres, la philosophie, l’histoire-géographie et les sciences économiques et sociales doivent parfois se partager, au bon vouloir des proviseur-e-s, des options pour le bac. Or, les établissements, à travers leurs chef-fe-s n’ont aujourd’hui pas
besoin de gagner en autonomie mais au contraire de pouvoir s’appuyer sur un cadre national structurant et égalitaire.

Vers une école plus juste

Notre commune, Épinay-sur-Seine, et notre département, la Seine-Saint-Denis, méritent mieux.
Le constat que nous dressons, c’est celui de générations sacrifiées et enfermées dans leur département, leur ville, leur quartier, simplement pour ne pas vivre ou ne pas avoir vécu au bon endroit. Au nom de l’égalité, qui ne doit pas seulement être un alibi de bonne conscience sur les frontons des bâtiments publics, mais un
principe qui s’applique partout et pour tout le monde, nos revendications sont claires.
Nous demandons une augmentation des moyens humains, financiers et numériques. C’est le seul moyen pour proposer aux élèves un encadrement de qualité et des locaux dignes de ce nom.
Nous demandons aussi la revalorisation des salaires des enseignant-e-s et autres personnels de l’Éducation nationale (CPE, AED, AVS, AESH etc) afin de rendre son attractivité à ces métiers et permettre un vaste et indispensable plan de recrutements.
Nous demandons enfin la suppression de l’imposition des heures supplémentaires, de la réforme du lycée et de Parcoursup qui, en entretenant la précarisation des professeurs, l’inégalité entre les territoires et la sélection à outrance, mettent à mal notre idéal d’une école émancipatrice et épanouissante.