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Direction de d’école : Plus de hiérarchie et moins de moyens ! Chronologie d’une obsession ministérielle
Article publié le 20 mars 2021


Depuis des décennies, les gouvernements successifs tentent de restructurer l’école primaire à travers diverses tentatives toutes inscrites dans le cadre des différentes lois de décentralisation qui se sont succédées. Ces restructurations vont toutes dans le même sens celle d’une rationalisation des moyens et d’une accentuation du pouvoir hiérarchique.
Le gouvernement actuel ne fait pas exception à cette règle et le ministre Blanquer est particulièrement offensif dans ce domaine.


Novembre 2018 :
Annonces du ministre Blanquer sur la direction d’école

Le 12 novembre 2018, Jean Michel Blanquer annonce sur LCI qu’il présentera « une loi pour un changement du statut des directeurs d’école ». Il entend mettre fin à une particularité française : celle d’écoles qui s’administrent en collectif dans un système éducatif partout ailleurs étroitement hiérarchisé. Tout est dit : Blanquer veut démanteler ces soviets que sont les écoles pour les hiérarchiser. Mais la question reste néanmoins en suspens à l’ordre du jour de l’agenda social. Cette annonce succède à la publication en août 2018 du rapport parlementaire des députées Valérie Bazin Malgras (LR) et Cécile Rilhac (LREM) qui proposent de créer un véritable statut de directeur·trice d’école en leur donnant une place hiérarchique. Les motivations : la charge de travail et « le manque de légitimité pour assoir leurs autorités et décisions. »
Le rapport préconise donc un véritable statut de directeur avec un corps nouveau, recruté sur concours, à qui seraient confiées des écoles d’au moins 10 classes. Ils et elles seraient chargé·es de l’administration de l’école et de son pilotage pédagogique. Le rapport envisage aussi d’augmenter les décharges mais estime le cout à 3800 postes.


Janvier 2019 :
la loi d’orientation pour une école de la confiance

En janvier 2019 : la loi pour une école de la confiance est mise en débat à l’assemblée nationale ; Et là, oh surprise ! les député·es LREM prennent tout le monde de cours, en intégrant dans la loi un amendement qui crée des établissements publics des savoirs fondamentaux. L’amendement « vise à permettre le regroupement d’écoles avec un collège au sein d’un même établissement public local d’enseignement, à l’initiative des collectivités territoriales de rattachement de ces écoles et de ce collège. Ce type d’établissement ne doit être mis en place que là où les communautés éducatives l’estiment utile. »

Suite à la mobilisation et aux grèves des enseignant·es du 1er degré, cet amendement est retiré de la loi.


22 septembre 2019 :
Christine Renon se suicide dans son école 

Le 22 septembre 2019, Christine Renon, directrice de l’école maternelle Mehul à Pantin se suicide dans son école en ayant adressé auparavant à ses collègues directeurs·trices de Pantin et à sa hiérarchie, un courrier dans lequel elle fait état de sa rentrée, des difficultés accumulées qu’elle a rencontrées et l’impossibilité pour elle de bien accomplir ses missions. Sa mort bouleverse l’ensemble de la communauté éducative qui y reconnaît ses conditions de travail de plus en plus dégradées et pathogènes. Le contenu de son courrier fait écho au quotidien des directeurs·trices d’école au regard des tâches et des missions qui s’accumulent au point d’en perdre le sens.
Des demandes de mesures et de réponses concrètes pour alléger les missions des directions d’école et améliorer leurs conditions d’exercice sont formulées de toute part. En vain.
Cyniquement, le ministère de l’Éducation nationale instrumentalise ce suicide et la députée Cécile Rihlac en profite pour revenir à la charge avec une proposition de loi créant la fonction de directeur·trice d’école.


Crise sanitaire

On est en mai 2020, la crise sanitaire est passée par là et le ministère de l’éducation nationale, avec à sa tête Jean Michel Blanquer, a montré toute l’incurie et l’incompétence dont il était capable en matière de gestion de crise. Les enseignant·es et les directions d’école qui ont géré la situation sans préparation ni moyens et ont subi les mensonges et les annonces quasi quotidiens du ministre dans la presse sortent épuisé·es de cette période où ils et elles ont une fois de plus palié les manquements institutionnels.
Pendant que les personnels se demandent comment finir l’année scolaire et comment va se passer la rentrée pour la préparer, les priorités du gouvernement sont toutes autres.


24 juin 2020, loi créant la fonction de direction d’école

Le 24 juin 2020, l’Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi créant la fonction de directrice ou de directeur d’école. Cette loi concrétise les obsessions du ministre de l’Éducation nationale en matière d’organisation de l’école et introduit, entre autre, un grade fonctionnel de directeur·trice d’école. L’article 1 de cette loi prévoit, par exemple, un droit de véto du directeur ou de la directrice sur les décisions du conseil d’école.
Néanmoins, contre toute attente, la loi est vidée de son contenu et la députée Cécile Rilhac, à l’origine de la proposition, doit renoncer à créer un corps de directeurs et directrices d’école. Un certain nombre de dispositions sont renvoyées à des décrets ultérieurs en particulier, celle la délégation de compétences des inspecteurs·trices vers les directeurs·trices d’école .


27 août 2020, circulaire « direction d’école »

Le 27 août 2020, une circulaire est publiée.
Elle annonce la mise en place d’un groupe de travail pour "des suggestions sur d’éventuelles délégations de compétences des inspecteurs de l’éducation nationale (IEN) aux directeurs d’école, afin de simplifier les processus de décision et de permettre à chaque acteur du système éducatif d’exercer les responsabilités au plus près des territoires, des élèves et de leurs familles".
La circulaire annonce aussi :

- deux jours de formation par an aux directeurs·trices,

- une discussion dans un groupe de travail sur « les critères d’attribution des décharges »,
 - « la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en oeuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire ». Soit 90 heures sur les 108 heures.
Le ministère promet la publication d’un calendrier national des enquêtes administratives et d’améliorer les outils numériques, comme Onde.


8 décembre 2020 : annonces ministérielles de mesures
pour les directions d’école

Le 8 décembre 2020 à l’issue du groupe de travail ministériel « direction d’école » le ministère annonce l’augmentation de décharge de direction de deux jours pour les écoles de 1 à 3 classes et pour celles de 9 à 13 classes.
La mesure de pérennisation de la prime annuelle de direction d’école qui serait de 450 euros bruts est également prévue.

Par contre, toujours rien de prévu concernant les préoccupations centrales des personnels : l’allègement de leurs missions et leur recentrage sur leur coeur de métier : la pédagogie.


Le 10 mars 2021, le Sénat réintroduit
l’autorité fonctionnelle de la direction d’école

Il adopte en première lecture, en la modifiant, la proposition de loi Rilhac « créant la fonction de directrice ou de directeur d’école » votée à l’assemblée nationale le 24 juin 2020.
Il amende, avec la bénédiction du ministre de l’Éducation nationale, la loi en y ajoutant que "le directeur dispose d’une autorité fonctionnelle permettant le bon fonctionnement de l’école et la réalisation des missions qui lui sont confiées ». Une attribution à laquelle l’assemblée nationale avait pourtant renoncée. Les directeurs·trices d’école se voient ainsi doté·es d’une autorité fonctionnelle et d’une délégation de compétences de l’autorité académique mettant fin à plusieurs décennies de gestion collégiale de l’école.

La loi devra repasser en seconde lecture à l’assemblée nationale, à une date qui n’est pas encore déterminée.