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Débrayage au Lycée Mozart du Blanc-Mesnil
Article publié le 15 septembre 2018

Communiqué des personnels enseignants

Après une semaine de cours, le bilan est catastrophique

Nous nous sommes réunis en Assemblée générale ce vendredi 14 septembre à 13h15 pour faire le point sur les différents problèmes qui se sont posés tout au long de la semaine pour de nombreuses classes et de nombreux professeurs. Nous avons constaté que, comme nous le craignions dès la veille de la rentrée des élèves, les conditions normales, réglementaires et viables pour enseigner ne sont toujours pas réunies. Nous avons en conséquence décidé de ne pas prendre les élèves en classe l’après-midi et avons poursuivi notre Assemblée générale afin de peser la gravité de la situation et de déterminer si des perspectives de solution pouvaient se dessiner. Nous avons donc pu acter du fait que la situation restait catastrophique malgré les quelques ajustements qui ont pu être proposés par la direction, qui travaille pourtant à des solutions depuis la rentrée et s’est avérée à l’écoute de nos inquiétudes.

Ainsi, le sureffectif pose déjà d’importants problèmes de sécurité : les couloirs sont saturés, l’atmosphère y est dès lors oppressante, pour les professeurs comme pour les élèves ; les chahuts se transforment en bousculades et les embouteillages permanents retardent le début des cours ; le personnel de vie scolaire s’est d’emblée avéré insuffisant pour réguler les flux et encadrer le surplus d’effectif. A titre d’exemple, vendredi après-midi, un professeur s’est même vu contraint d’accepter des élèves exclus faute de personnel pour surveiller la permanence. La salle de permanence est d’ailleurs constamment saturée. De plus, le CDI s’est vu contraint de fermer ses portes aux élèves jusqu’aux vacances d’automne car le mobilier prévu pour juin ne serait finalement livré que fin septembre.

Les salles ne sont toujours pas équipées correctement en postes informatiques, vidéoprojecteurs, matériel qui s’avère pourtant obligatoire pour enseigner certaines matières (par exemple, aucune salle n’est suffisamment équipée en ordinateurs pour accueillir un demi-groupe d’une classe de TS à 34 en cours de mathématiques). La salle dédiée aux sciences de gestion ne dispose toujours pas du câblage réglementaire pour faire fonctionner le réseau informatique, or là aussi il s’agit d’une exigence d’une épreuve du baccalauréat. Nous ne disposons toujours pas d’un nombre de salles de classe suffisant pour accueillir les classes à gros effectifs. Ainsi, le laboratoire de langues et la salle informatique accueillent toujours des heures de cours traditionnels pour lesquels ces locaux ne sont pas adaptés. Un professeur de mathématiques n’a aucune salle pour enseigner à une classe de 20 élèves le mardi après-midi. Certains professeurs ont encore cours dans des salles inadaptées avec des classes à 30 voire 35 élèves.

Les emplois du temps des professeurs comportent de nombreuses aberrations pédagogiques (8h de cours de suite, des cours en classe entière le vendredi après-midi, notamment de 16h à 18h...) et certains professeurs n’ont toujours pas un emploi du temps qui respecte leur vœu n°1, ce qui a entraîné d’emblée des situations de détresse.

Les emplois du temps des élèves ne sont toujours pas réglementaires. Certaines matières se chevauchent encore et certains élèves se voient privés de la possibilité de suivre le cours d’option pour lequel ils se sont inscrits.

Les BMP (blocs de moyens provisoires) qui ont été demandés commencent à peine à être pourvus mais reste un problème majeur en Italien. En effet, les services de la DPE au rectorat n’ont toujours pas pris en compte le fait que le couplage proposé avec le collège Galois à Sevran est impossible à réaliser physiquement par le professeur nommé sur le poste : des heures de cours ont dès lors déjà été perdues par les élèves. Par ailleurs, le volume horaire initialement prévu pour combler les besoins du lycée Mozart a dû être augmenté de 3h30. Or le professeur néotitulaire déjà en charge de 7 niveaux ne pourrait assurer ces heures qu’au détriment de sa santé (cela le conduirait à effectuer cinq heures supplémentaires d’enseignement), ce qui serait également dommageable pour les élèves.

De plus, les emplois du temps qui prévoient que toutes les classes de seconde, et bon nombre de classes de première et de terminale aient cours le mercredi après-midi, rendent impossible l’existence de l’Association Sportive. Pourtant, le décret n° 2014-460 du 7 mai 2014 dispose que cette activité constitue une des missions statutaires à part entière des enseignants d’EPS, ce qui rend nécessaire l’inscription de ces heures dans l’état de service d’enseignement de chaque enseignant. En outre, ce texte réglementaire prévoit la libération du mercredi après-midi comme temps dévolu aux activités de l’association et aux compétitions organisées par l’UNSS. Les enseignants d’EPS du lycée Mozart se trouvent donc en sous-service, les élèves du lycée Mozart sont privés de ce qui constitue pourtant leur dû, et pour beaucoup d’entre eux la seule possibilité de pratiquer un sport en dehors des cours et de participer à des compétitions. Enfin, aucune adhésion d’élève n’ayant encore pu être souscrite, le lycée Mozart serait un des rares établissements à ne pas proposer cette activité et à devoir s’acquitter, sur son propre budget, de l’intégralité des 1500 euros de cotisation obligatoire pour affilier l’établissement à l’UNSS (pour une activité fantôme).

Les problèmes matériels de la rentrée s’étant révélés monstrueux, nous n’avons même pas encore eu le temps de nous réunir afin d’aborder toutes les questions pédagogiques et en premier lieu la réforme du lycée et la réforme du baccalauréat.
A l’heure actuelle, nous n’avons aucune information : aucun calendrier n’a été annoncé pour présenter les réformes. Le contenu de la réforme nous est uniquement connu par ouï-dire. Nous ne connaissons pas la nature des nouvelles épreuves du baccalauréat, ni l’organisation des enseignements qui remplaceront les actuelles filières S, ES, L, STMG... Lancée de façon précipitée et sans aucune concertation, cette réforme s’applique dès cette année pour les classes de seconde sans aucune communication de la part du ministère, de l’inspection académique : la direction a pris la curieuse décision d’envoyer l’unique lien dont elle disposait sûrement aux seuls professeurs principaux de seconde. Nous sommes ainsi dans l’incapacité matérielle et intellectuelle d’expliquer aux parents des élèves de seconde, qui sont pourtant ceux qui passeront d’ici à 2021 le baccalauréat réformé, en quoi il consistera. Nous ne pouvons pas adapter nos cours à des épreuves que nous ne connaissons pas, or, en français notamment, l’année de seconde est déjà une année directement préparatoire aux épreuves du baccalauréat.

Censés évaluer les élèves, les tests de français et de mathématiques dernièrement prévus par le ministère, qui doivent avoir lieu entre le 17 septembre et le 5 octobre, par voie numérique pour chanter une réforme toute de modernité, ne nous ont jamais été présentés par personne. Nous avons uniquement reçu par mail un vague lien, donnant accès à un diaporama censé fonctionner à titre d’exemple d’une telle évaluation. Par une cruelle ironie tragique, qui dit tout de l’irréalisme, de l’incompétence et du cynisme des autorités, la vétusté et le manque d’investissement dans le réseau informatique de l’établissement empêchent toute tenue de ces tests : en effet, il ne peut pas y avoir plus de deux élèves réalisant cette évaluation simultanément dans tout le lycée.

Par conséquent, nous demandons au rectorat :

  • la nomination de 2 assistants d’éducation supplémentaires et d’un 3e CPE à temps plein, ainsi que d’un 3e assistant d’éducation pour faire face à la nécessité de surveiller des bâtiments supplémentaires à partir de novembre
  • le découplage de l’enseignement de l’Italien avec le collège Galois à Sevran et la nomination d’un BMP de 9h30 en Italien sur le lycée Mozart
  • l’assurance qu’une refonte totale des emplois du temps soit effectuée d’ici la fin des vacances de la Toussaint, et qu’un premier état de cette refonte, qui tienne compte des contraintes pédagogiques, des heures réglementaires (y compris l’AS du mercredi), des locaux supplémentaires (prévus pour être achevés à cette échéance) et des vœux prioritaires des enseignants, soit présentée deux semaines avant le début des vacances scolaires afin que nous puissions prendre le temps de les examiner et de signaler les problèmes éventuels.
  • une information sérieuse et complète et rigoureuse sur la réforme du lycée à l’attention de tous les professeurs, sans laquelle nous ne pourrons communiquer aucune information aux parents et aux élèves, ni même donner des cours adaptés aux exigences du futur examen.

à la région :

  • la nomination de deux postes d’agents supplémentaires (notamment pour faire face à la surcharge de travail occasionnée par les futurs locaux démontables)
  • l’équipement adéquat (notamment en ordinateurs, vidéoprojecteurs, équipements réseau) des locaux actuels et des préfabriqués futurs
  • la présence de toilettes et d’un local dédié à la vie scolaire dans les futurs préfabriqués
  • des engagements fermes et détaillés sur les travaux du système de chauffage et d’isolation

Nous tiendrons les autorités compétentes (rectorat et région) pour responsables de tous les incidents et débrayages qui ne manqueront pas de survenir lors de cette année scolaire si rien n’est fait pour remédier aux dysfonctionnements graves signalés ci-dessus.

Nous avions déjà demandé de reporter la rentrée, ce que le rectorat a refusé. Cette décision rend ce dernier d’ores et déjà responsable des conditions déplorables dans lesquelles nous travaillons et dans lesquelles les élèves étudient, au mépris de leur droit le plus élémentaire à l’éducation.