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De l’éducation prioritaire au tout sécuritaire.
Article publié le 10 novembre 2010

Depuis la rentrée, 105 établissements de 10 académies parmi ceux « concentrant le plus de difficultés en matière de climat scolaire et de
violence » expérimentent le dispositif CLAIR (collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Sont pour l’instant concernés 11
collèges et 4 lycées de l’académie de Créteil et aucun à Paris ! La circulaire parue au Bulletin officiel du 22 juillet 2010 confirme ce que les
premières déclarations de Luc Chatel laissaient craindre, le dispositif CLAIR est un protocole d’expérimentation de nouveaux modes de
gestion des personnels et des usagers qui n’annonce rien de bon et un glissement : on cesse d’essayer de résoudre le véritable problème
de l’échec scolaire et on concentre de pauvres moyens pour maintenir la paix sociale. Il est à craindre la suppression de l’éducation prioritaire
et surtout les moyens qui vont avec ce dispositif.

L’axe sécuritaire est déjà en place : c’est l’abandon du traitement éducatif de l’échec scolaire et le recours systématique à la police et aux
équipes mobiles de sécurité. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le dispositif CLAIR. En plus, il est désormais question
« d’externalisation des sanctions » : les élèves difficiles seront pris en charge par des structures associatives qui ne dispensent aucun
enseignement. Il est donc prévu que l’Etat ne respecte même plus son devoir élémentaire d’une instruction obligatoire jusqu’à 16 ans.

On constate déjà que ce nouveau dispositif se met en place à moyens constants, voire en baisse (4 CAE supprimés à Jean Moulin,
Aubervilliers). D’ailleurs, dans un contexte de mise en place du socle commun où l’on prévoit un enseignement au rabais sanctionné par le
livret de compétence, les établissements CLAIR seront à la pointe du nouveau système : les contenus pédagogiques seront contrôlés par le
nouveau « préfet des études » et gare à celui ou celle qui s’en écarte !

En effet, pour faire accepter cette nouvelle conception du rôle
des établissements scolaires, c’est une véritable mise au pas
des personnels, entrainant des modifications conséquentes de
nos statuts, qui est à l’oeuvre. Parmi les nouveautés les plus
inquiétantes : le sort des personnels et la nouvelle politique de
ressources humaines :

- Le renforcement de la hiérarchie. L’introduction d’un préfet
des études par niveau recruté parmi les enseignants ou les CPE
ressemble fortement à la création d’un nouvel échelon
hiérarchique. Cette fonction, qui tient à la fois du professeur
principal, du CPE, du personnel de direction et du coordinateur
pédagogique (!!!) sera intégré à l’équipe de direction sans en
avoir le statut. Par ailleurs, un IA-IPR référent sera chargé de
suivre ces préfets des études et de « les aider dans leur projet
professionnel d’accès au corps des personnels de direction. »

- Le profilage des postes. Il permettra aux chefs
d’établissement de recruter lui-même ses personnels et donc de
renforcer son autorité sur eux. Ces postes seront assortis d’une
obligation de stabilité de 5 ans et d’une lettre de mission de trois
ans alignés sur le projet d’établissement et qui concernera
également les postes pas encore profilés. Qu’adviendra-t-il des
personnels qui refuseront de signer ces lettres ou de postuler à
un poste profilé pour rester dans leur établissement ? « Les
personnels enseignants, d’éducation, administratifs, sociaux et
de santé qui n’adhèrent pas au nouveau projet seront
encouragés à rechercher une affectation plus conforme à leurs
souhaits. » Quel forme prendra cet encouragement ? On craint
le pire... D’ailleurs tous les établissements CLAIR ont reçu ou
recevront une visite d’Inspection d’Académie.

- Promesses d’avancement et mise en concurrence des établissements : la carotte et le bâton.

On annonce une mise en concurrence des établissements via une évaluation pour chacun d’entre eux. Ces résultats seront « pris en compte
dans l’évaluation des enseignants et pourront être un élément facilitateur pour obtenir prioritairement un avancement au grand choix ou une
nomination au grade supérieur ». En d’autres termes, l’évolution des carrières sera alignée sur les résultats de l’établissement. Par ailleurs,
on promet aux préfets des études une « indemnité pour fonction d’intérêt collectif » et à tout les personnels « des dispositifs spécifiques de
rémunération complémentaire » à la rentrée 2011.

Face à ce dispositif imposé aux établissements les collègues s’organisent. Les collègues constatant que leur avis ne leur a pas
été demandé au Conseil d’Administration, exigent des Conseils d’Administration extraordinaire pour mettre en avant un refus collectif de ce
dispositif. Ils mettent en place des pétitions, des listes mail pour partager les informations et amplifier la résistance.

Pour Sud Education c’est tout les personnels et en particulier ceux des établissements d’éducation prioritaire qui doivent se
saisir du problème, se réunir et exiger une vraie politique de lutte contre l’échec scolaire.

Assemblée générale à la suite du rassemblement
à la maison des syndicats de Créteil

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tract_clair nov 2010