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Courrier à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé
Article publié le 21 septembre 2020

SUD Éducation 93
9-11 rue Génin,
93200 Saint-Denis
01.55.84.41.26/06.88.66.47.23
contact@sudeducation93.org

A l’attention de M. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé,
de M. Grégory Emery, Conseiller Sécurité sanitaire,
et de M. Antoine Tesniere, Conseiller en charge de la Lutte contre la COVID-19
Ministère des Solidarités et de la Santé
14, avenue Duquesne, 75007 Paris

Saint-Denis, le 20/09/2020

Objet : gestion de l’épidémie de Covid-19 au sein de l’institution scolaire

Monsieur le Ministre,

Syndicat des personnels de l’Éducation nationale exerçant en Seine-Saint-Denis, nous souhaitons vous interpeller sur l’impréparation de cette rentrée scolaire au regard de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Illustration particulièrement frappante de cette impréparation, le fait que les fiches pratiques du ministère de l’Éducation nationale, engageant par exemple l’organisation de services lourds comme la cantine, aient été publiées seulement le vendredi soir précédant le lundi de la pré-rentrée. Autre signe des plus inquiétants : il n’y a aucun référent Covid-19 au rectorat de Créteil ! Comment comprendre que le rectorat ne se dote d’aucun personnel dédié à la gestion d’une crise sanitaire qui a gravement entravé le fonctionnement ordinaire du système scolaire pendant près de trois mois ?

Nous faisons le constat que le Gouvernement renonce complètement à mener une politique de santé publique. Il agit au contraire pour que les processus de prévention, de dépistage et de prise en charge relèvent de la seule responsabilité individuelle des élèves, de leur famille et des personnels. Le 25 août dernier, dans Le Monde, un ministre anonyme affirmait ainsi : « Il faut revenir à la notion de prise de responsabilité individuelle [...] Ce n’est pas à l’État de prendre en charge cette dépense, d’autant plus que la situation est amenée à durer. »

Mais la responsabilité individuelle ne pèse rien face aux inégalités structurelles : le Gouvernement assume donc de précariser encore davantage les personnes déjà les plus précaires en matière de santé et d’accès aux soins, au mépris total de la devise républicaine et des fondements de la santé solidaire. Notre département est très lourdement déficitaire en termes d’investissements publics de santé, une situation que la politique menée depuis trois ans n’a fait qu’aggraver. À combien le Gouvernement évalue-t-il la santé de nos élèves, la vie de leur entourage âgé ? Ce refus délibéré de mettre en place une politique de santé publique, qui fait peser les conséquences de l’épidémie d’abord sur les populations les plus vulnérables, est profondément injuste. Il est par ailleurs inefficace sur le plan sanitaire. Les décisions gouvernementales visent donc semble-t-il uniquement à escamoter la responsabilité politique, civile et pénale des « responsables » politiques.

Les dysfonctionnements et manques que nous constatons au quotidien relèvent autant de votre ministère que de celui de l’Éducation nationale : une réponse efficace à la crise sanitaire passe par une collaboration entre ces deux administrations. Nous n’apercevons aucune trace de cette collaboration, comme l’indique le recensement suivant des problèmes auxquels nous sommes confronté·es :

* Sur les masques

Les masques distribués aux personnels sont en nombre insuffisant, notoirement inadaptés au port prolongé, leur efficacité est incertaine et ils ont été distribués tardivement. Nous demandons à avoir deux masques par jour de travail.

Le gouvernement a décidé de ne pas rendre gratuits les masques pour les collégien·es s et les lycéen·es, sauf dans un nombre de cas très limités. Dans l’article du Monde cité ci-dessus, le même ministre anonyme justifiait ainsi cette décision : « On ne paie pas des préservatifs à tout le monde, alors que le sida tue lui aussi ! ». D’une part, on trouve des préservatifs gratuitement dans les infirmeries scolaires et dans les actions d’éducation à la sexualité ; ils peuvent être remboursés par la Sécurité sociale sous prescription médicale, comme le sont les PrEPS. Ce ministre manifeste donc une ignorance flagrante des dispositifs de santé publique et nous ne comprenons pas que vous ne soyez pas intervenu publiquement pour corriger une « information » aussi grossièrement fausse. D’autre part, la comparaison du ministre est inepte : en milieu scolaire, s’abstenir d’avoir une relation sexuelle (parce que l’on ne dispose pas d’un préservatif) et s’abstenir de respirer (parce que l’on ne dispose pas d’un masque) ne sont tout simplement pas des impératifs comparables. Par ailleurs, et puisque les impératifs de santé semblent peser bien peu face aux enjeux budgétaires, soulignons que la décision de ne pas rendre gratuits les masques est absurde économiquement. En refusant d’investir dans des moyens pour prévenir la pandémie, vous multipliez en effet les risques de contamination ; or, une prise en charge est évidemment bien plus coûteuse que l’achat d’un simple masque. Nous vous demandons par conséquent, en tant que ministre des Solidarités et de la Santé, d’assurer le plein respect des impératifs de santé et de rappeler la nécessité de tenir un discours scientifiquement fondé concernant des gestes barrières. L’État doit fournir aux élèves des masques en nombre suffisant.

* Sur la santé scolaire

Nous alertons depuis des années sur le manque de médecins scolaires et de personnels infirmiers. Rien n’a été entrepris pour pallier ce phénomène, alors même que l’épidémie alourdit la charge de travail des personnels de santé, sans compter que la charge de travail est souvent particulièrement importante en début d’année scolaire. De nombreux établissements sont sans infirmière pour coordonner la promotion des gestes barrières, prendre en charge les personnes présentant des symptômes du Covid-19, aider à définir les cas contacts et accueillir les élèves malades. Que fait le ministère des Solidarités et de la Santé pour pallier ce manque ?

* Sur les gestes barrières et le nettoyage

Aucun moyen supplémentaire n’a été donné par l’État pour que les collectivités territoriales recrutent des agent·es supplémentaires, alors que les règles d’hygiène du protocole doublent, voire triplent la charge de travail des agent·es. De même, aucun investissement n’a été effectué pour réquisitionner des locaux, acheter du matériel (tables individuelles notamment) et recruter des personnels d’éducation afin de diminuer les effectifs en classe. Bien au contraire, sur ce dernier point, cette rentrée est marquée par une diminution encore plus drastique des moyens, des fermetures de classes, et une explosion des effectifs. L’État doit fournir les moyens nécessaires pour que le nettoyage et la distanciation physique soient possibles.

Gel hydroalcoolique et virucide ne sont pas arrivés dans tous les établissements, des pénuries sont toujours possibles. Des circuits de distribution propres aux écoles, collèges, lycées et universités sont-ils à l’ordre du jour ?

Les toilettes sont en général en nombre insuffisant pour permettre le lavage de mains de tous les élèves au rythme minimum suggéré par le protocole sanitaire. Des solutions, comme la livraison de points d’eau mobiles (tels qu’on en voit sur les chantiers) sont-elles à l’étude ? Dans quels délais ?

* Sur les critères de définition des cas contacts dans les classes

Les critères de définition des cas contacts, qui déterminent si des classes où des élèves doivent être renvoyées à la maison en attendant un dépistage, nous semblent faire l’objet d’une application hétérogène, parfois contradictoire. Cela nourrit le sentiment que les mesures prises ne sont pas cohérentes. En effet, selon les témoignages qui remontent, des classes restent parfois ouvertes quand il y a un ou plusieurs cas avérés de contamination au Covid-19, d’autres sont parfois fermées pour de simples suspicions de contamination. Ces différences de traitement ne tiennent pas au fait que les élèves concerné·es appartiennent à des tranches d’âge différentes, ce qui pourrait expliquer des prises en charge adaptées. La gestion des cas contact est très différenciée d’un lycée à l’autre, comme d’un collège à l’autre, donc entre élèves d’une même tranche d’âge. L’ARS est déterminante dans le circuit de décision qui conduit à l’isolement ou non de cas contacts. Sans lisibilité de ces critères, de telles décisions peinent à être acceptées, nourrissent l’incompréhension et l’angoisse, donnent l’impression d’une impréparation et d’un amateurisme incompatibles avec la crise sanitaire en cours. C’est la raison pour laquelle il nous paraît indispensable de communiquer sur ces critères et d’expliquer les traitements différenciés.

* Sur le dépistage

Rien ne semble avoir été anticipé en termes de moyens pour mener une campagne de dépistage à la hauteur de la crise sanitaire actuelle, ni pour assurer un circuit de dépistage adapté aux établissements scolaires, lieux de brassage social parmi les plus importants. Dans le cadre d’une collaboration entre ARS, Inspection académiques et rectorats, des personnels infirmiers auraient pu être recrutés afin d’assurer, sous forme de brigade volante, des prélèvements à la sortie des établissements qui comptent des cas avérés. Des investissements auraient pu être faits, en partenariat avec des laboratoires privés ou des CHU, pour augmenter l’équipement et recruter des biologistes afin de faire face à l’explosion de la demande en tests PCR. Ainsi, un circuit spécifique aux personnels et aux usagers et usagères de l’Éducation nationale aurait pu se dessiner, ce qui se justifierait au vu du risque que les établissements scolaires deviennent des foyers de contamination, ainsi que de la nécessité d’une plus grande réactivité pour permettre un retour rapide en classe, ce qui reste pour nous un objectif central. La mise en place d’un tel circuit ne s’oppose pas, bien au contraire, à l’effectuation d’investissements supplémentaires pour le dépistage en population générale, investissements que nous appelons aussi de nos vœux. D’autres dispositifs sont certainement envisageables. Il nous semble indispensable que vous agissiez enfin sur l’offre de dépistage en augmentant les moyens généraux pour toute la population et en proposant un dispositif adapté à l’institution scolaire, qui réduise l’engorgement actuel et permette aux personnels et aux élèves soit de retourner au plus vite en classe, soit d’être pris·es en charge précocement en cas de résultat positif à un test de dépistage.

* Sur la santé psychologique

Aucun dispositif spécifique d’écoute ne semble avoir été mis en place pour les élèves et les personnels qui en auraient besoin. Pourtant, les effets du confinement sur la santé mentale, l’impact de deuils dans des conditions qui renforcent les traumatismes (comme l’impossibilité de se rendre aux cérémonies funéraires) sont largement documentés. À quoi tient cette indifférence des pouvoirs publics et que fait votre ministère pour compenser ce manque ?

Nous vous le rappelons, l’abandon par le Gouvernement, dont votre ministère, de toute politique de santé publique aggrave les inégalités en santé et met en danger les personnels, les élèves et leur famille. La responsabilité, dans tous les sens du terme, du Gouvernement – y compris la vôtre – est engagée. Nous ne comprendrions pas que nos demandes restent sans réponse de votre part.

Veuillez agréer, Monsieur le ministre, l’expression de nos salutations distinguées,

Noé le Blanc pour SUD Éducation 93