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Collège coopératif et polytechnique d’Aubervilliers - Dix ans pour construire un projet dans l’Education Nationale, balayés d’un simple courrier
Article publié le 14 juin 2020

Signez la pétition de soutien :
https://www.change.org/p/m-le-recteur-de-l-acad%C3%A9mie-de-cr%C3%A9teil-maintien-du-projet-p%C3%A9dagogique-novateur-au-coll%C3%A8ge-gis%C3%A8le-halimi-d-aubervilliers

 

Les personnels du collège coopératif et polytechnique d’Aubervilliers ont appris par un courrier brutal, malhonnête, et dépourvu d’arguments rationnels, que leur projet d’établissement innovant devait prendre fin dès maintenant.

Cette décision du recteur correspond à une vision réactionnaire de l’école et de son rôle social. Celle qui est à la manoeuvre tant dans l’académie qu’au ministère depuis quelques années.

SUD éducation 93 a soutenu ce projet émancipateur depuis ses premières heures, notamment contre les attaques récurrentes qu’il a subies de la part de l’administration lors de sa mise en oeuvre.


Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de l’A2CPA, association de soutien du projet.
https://collegenouveau.wordpress.com/

Le collège Gisèle-Halimi à Aubervilliers vient de recevoir, en ce début de juin 2020, une courte lettre-couperet du Rectorat lui refusant de poursuivre à la rentrée 2020 la mise en œuvre du projet de« Collège coopératif et polytechnique » à peine commencée depuis deux ans.

Le Comité de Validation des Expérimentations (CVE), qui s’est réuni le 3 juin 2020 sous l’autorité de M. le Recteur de l’académie de Créteil, M. Daniel Auverlot, a émis un "avis défavorable" quant au dossier que l’équipe du Collège Gisèle-Halimi lui a présenté. Le Recteur demande à l’établissement de remettre en cause tout son fonctionnement et son projet d’établissement, contractualisé avec le Rectorat en 2016 : horaires du collège, répartition par discipline, services des agent·e·s, règlement intérieur. Tout ceci doit être revu en urgence alors même qu’en ce mois de juin 2020, l’équipe s’efforce d’accueillir un maximum d’élèves, tout en poursuivant une continuité pédagogique à distance pour les autres.

L’A2CPA, Association pour un Collège Coopératif et Polytechnique à Aubervilliers, tient à informer largement ses adhérent·e·s, ses sympathisant·e·s, et plus largement la communauté éducative, des conditions dans lesquelles ce projet pédagogique et éducatif a tenté d’exister et se voit balayé avec brutalité.

En 2010, le Conseil Départemental vote la construction d’un nouveau collège sur la ville d’Aubervilliers. Un collectif de professionnel·le·s de l’éducation d’Aubervilliers se crée : Et si on y travaillait autrement ? De nombreuses lectures, de nombreuses rencontres vont venir nourrir la réflexion.

En 2013, un projet commence à s’élaborer autour de trois points centraux : la coopération, la mise en place d’un enseignement pluriel et polytechnique, la réflexion sur la place de l’individu dans le collectif, dans un collège public de secteur.

À partir de 2013, un dialogue régulier s’engage avec les institutions responsables : à tous les niveaux del’Éducation Nationale (DSDEN, Ministère, Rectorat, DGESCO, CARDIE) et avec le Conseil Départemental (autour de l’aménagement de l’établissement et du travail coopératif avec les agents), avec la population d’Aubervilliers et ses élu.es de plusieurs mandatures, avec des professionnel·le·s de l’éducation de toute la France, avec des syndicats, avec des mouvements pédagogiques (FESPI, ICEM, PI,GFEN, CEMEA...) pour nourrir, réfléchir, cadrer le projet et aller vers sa mise en œuvre. N’est-ce pas déjà un exploit qu’une innovation venue de la base réussisse à ouvrir ?

En 2016, un contrat d’expérimentation de trois ans est signé avec le Rectorat pour une rentrée en septembre2017. Mais en 2017, la construction du collège n’avance pas et l’ouverture est reportée en 2018.

L’expérimentation commence pendant deux années, courtes et intenses, dans des conditions d’ouverture pour le moins exceptionnelles. En juin 2019, lors d’un premier bilan d’étape jugé positif, la direction académique assure encore que l’évaluation du projet aura lieu avec les résultats des premiers élèves au Brevet, en 2021. Pourtant, en 2020, le Rectorat oblige l’établissement à repasser devant le comité d’évaluation. Le nouveau projet présenté, rédigé en urgence pendant le confinement, n’a pas pu être présenté au Conseil d’Administration. Le 3 juin, le CVE a décidé de mettre un point final qu’on peut juger précipité et injuste.

En effet, depuis la rentrée en 2018, le collège a connu plus d’entraves que de soutien pour accompagner la mise en œuvre du projet expérimental :

Des entraves au recrutement de personnels motivés, d’une équipe stable et en nombre suffisant, dans le respect des règles existantes : création de postes fixes bien en-dessous de ce qui était possible, peu de souplesse pour intégrer tous les porteurs-ses de projet, diminution du nombre de postes spécifiques négociés, absence de notice de mutation pour informer des spécificités de l’établissement dans les différents corps, mise de côté de candidatures spontanées sur des postes pourtant non pourvus, inspection non informée du caractère expérimental de l’établissement, sous-dotation en agent.es d’entretien et en Vie Scolaire, sous-dotation en heures d’enseignement, sous-dotation en budget de fonctionnement. Peu de stabilisation des personnels entre la 1ère et la 2ème année, à tous les niveaux : administration, vie scolaire, enseignement.

Les personnels de 2018-2019 étaient pourtant nombreux.ses à souhaiter poursuivre cette expérience en dépit d’une année à travailler dans des préfabriqués qui ont pris l’eau toute l’année, sans installations sportives ni cantine. Fi, plus de 50% de l’équipe a été renouvelée.

En septembre 2019, il faut reprendre à zéro le faire-équipe dans un contexte matériel qui reste compliqué : un emménagement dans des locaux définitifs inachevés sans installations culturelles et sportives ni logements de fonction, des postes non pourvus jusqu’en octobre, l’effectif d’AED et d’ATTE le plus bas de la ville entraînant une surcharge de travail et l’impossibilité d’assurer les missions éducatives auxquelles ces personnels devaient participer, des dissensus prévisibles au sein de l’équipe qui n’ont pas été accompagnés. A cela s’ajoutent les mouvements sociaux exceptionnels et la pandémie actuelle qui ont affecté la nation et l’Éducation Nationale dans sa globalité.

Comment, dès lors, considérer que ces deux années sont pertinentes pour évaluer la réussite d’un projet éducatif qui exige de prendre le temps que les élèves et la communauté éducative se découvrent tous en même temps acteurs et actrices d’un projet coopératif et polytechnique ?

C’est pourtant ce qu’a fait le comité qui dit avoir recueilli des éléments "qui n’ont pas permis de démontrer l’efficacité des différents dispositifs mis en place". Ces éléments ne sont cependant pas explicités.

Et pourtant ! De 2018 à 2020, dans l’esprit du projet contractualisé, le collège Gisèle-Halimi d’Aubervilliers a vécu deux années certes imparfaites et difficiles mais aussi deux années riches en expériences humaines, pédagogiques et éducatives, en réalisations intellectuelles, pratiques, artistiques, techniques, en projets coopératifs issus de discussions collectives, entre adultes et avec les élèves.

Les élèves auront connu le temps d’accueil avant les cours avec des ateliers très divers, un temps aussi pour parler, pour faire des médiations ou justifier une absence ; les élèves auront connu les cours de 90 minutes, qui suppriment l’intercours, allègent le cartable, limitent le nombre de matières par jour et rendent possible certaines activités pédagogiques ; les élèves auront connu la pause méridienne de 2 heures qui tient compte de leur rythme ; les élèves auront connu les TI : groupes de multi-niveaux, trois fois par semaine, pour faire ses devoirs, partager ses apprentissages de la journée, réfléchir à ses méthodes de travail, élaborer des projets personnels ou collectifs ; les élèves auront découvert, grâce aux cours en co-intervention (deux enseignants de disciplines différentes) et aux semaines InterDisciplinaires, que le savoir est structuré par discipline mais qu’il n’y est pas enfermé ; 240 élèves seront partis en séjour-nature-coopératif s’initier à la voile et à la vie coopérative où l’on est responsable du repas, de soi et des autres ; les élèves auront connu les Conseils des Elèves une fois par semaine où l’on apprend à poser ses problèmes, à chercher ensemble des solutions, à rêver ses projets et à les rendre concrets ; les élèves auront entrevu ce qu’auraient pu être "les maisons", structures intermédiaires de prise de décision collective à l’échelle de l’établissement ; les élèves auront appris à travailler ensemble et non les uns contre les autres, dans un lieu de vie et de travail partagé. Sans compter les multiples projets qui existent aussi dans les autres établissements.

Certes, tous les problèmes des collèges similaires, REP+ avec ULIS et bientôt UPE2A, ne sont pas réglés ; certes le collège fait face à des problèmes de Vie Scolaire ; certes, redonner l’envie d’apprendre se construit patiemment ; certes, la mise en œuvre demande encore du temps et de la formation : mais le taux de retard au premier cours y est des plus faibles et il n’y a aucun décrocheur total au collège Gisèle-Halimi ; mais la qualité du dialogue entre adultes et élèves y est remarquable et remarqué ; mais l’esprit d’initiative et le sens des responsabilités y est fort.

Quant aux adultes, ils auront connu le Conseil des Adultes : cette instance hebdomadaire, inscrite au service de chaque personnels quel que soit son corps et son statut : agent.es d’entretien, enseignant.es et surveillant.es, personnels administratifs ou de direction pour que les problèmes des uns soient connus des autres ; pour construire ensemble les solutions et participer à la vie de l’établissement en développant la coopération et la considération pour chaque métier.

Quelle place pour tout ceci dans la liste de préconisations du Comité de Validation des Expérimentations ? Cela amène aujourd’hui à se demander s’il y a une suite possible au travail mené depuis 10 ans. Force est de constater que ce qui avait été patiemment construit avec des interlocuteurs-trices volontaires, au sein des institutions, a été mis à mal par ces mêmes institutions, traversées par des courants contraires.