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8 mars : grève féministe, contre les violences sexistes et sexuelles au travail et partout ailleurs !
Article publié le 10 février 2022

Rejoignez la mobilisation internationale pour la journée de lutte et de grève pour les droits des femmes et des minorités de genre !

Appel de l’Union syndicale Solidaires : https://solidaires.org/Journee-internationale-de-lutte-et-de-greve-pour-le-droit-des-femmes-26258

DATES ET HEURES DES RENDEZ-VOUS DE LA JOURNÉE À VENIR


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Le Covid n’est pas sexiste, le gouvernement oui !

Deux ans après le début de la crise sanitaire, on constate que les violences sociales déjà subies par les femmes auparavant se sont aggravées. En effet, les diverses mesures prises par le gouvernement pour limiter la propagation du virus (confinement, couvre-feu, etc.) ont eu pour conséquences :

Une augmentation du nombre de violences sexistes et sexuelles avec :

⇒ Une augmentation importante du harcèlement de rue durant les confinements

⇒ Une augmentation des violences conjugales :

40% de plus de signalements qu’habituellement durant le premier confinement ;

60% de plus de signalements qu’habituellement durant le deuxième confinement

⇒ Une augmentation des viols :

+12,5 % des viols sur majeur·es en 2020 par rapport à 2019 ;

+ 9,8 % des viols sur mineur·es

⇒ Une augmentation des violences intrafamiliales en général : + 9% en 2020 par rapport à 2019

Une augmentation des charges domestiques majoritairement prises en charge par les femmes :

Durant le premier confinement, 19% des femmes de 20 à 60 ans ont consacré plus de 4h par jour à ces tâches contre 9% des hommes du même âge.

A l’inverse, 40% des hommes de 20 à 60 ans ont déclaré accorder moins d’une heure par jour à ces tâches contre 17% des femmes. 43% des mères contre 30% des pères ont passé plus de 6h par jour à s’occuper des enfants. Il s’agissait donc d’une double journée de travail pour une grande partie des femmes.

Une accentuation des inégalités salariales et de la précarité des femmes :

Nombreux licenciements et temps partiels contraints touchant pour une part importante les femmes.

Deux fois plus de mères que de pères ont dû faire recours à des arrêts de travail ou à des autorisations spéciales d’absence pour la garde des enfants.

Le protocole sanitaire dans le 1er degré : une charge supplémentaire pour les femmes

Alors que la rentrée de janvier s’annonçait tendue avec 1/3 des enseignant·es absent·es (cas covid et garde d’enfants),rien n’est mis en place pour assurer les remplacements du personnel. Le nouveau protocole sanitaire ne prend pas en compte les conséquences pour les familles et en particulier des femmes :

 - En cas de non remplacement d’un prof absent du 1er degré, l’enfant ne peut pas pris en charge à l’école et doit rester à la maison quelle que soit la situation de travail du ou des parents. L’arrêt est pris par les femmes dans plus de 70% des cas selon une étude de drees 2009. Certains parents ont même perdu leur emploi.

 - Les tests sont à la charge des familles (jusqu’à 3 par enfant dans une même semaine) si un cas covid est détecté dans la classe alors que ce protocole aurait pu être assuré par les infirmier·es de l’éducation nationale si iels existaient en nombre suffisant.

 

Précaires de l’Educ nat’ : les femmes en première ligne 

Dans l’Éducation nationale, la plupart des emplois les plus précaires sont occupés très majoritairement par des femmes : c’est le cas des AESH et des agent·es territoriaux·ales. Dans le 93, il s’agit principalement de personnes non-blanches, qui se trouvent donc au croisement des oppressions de classe, de genre et de race. Contrats précaires (CDD, interim), salaires de misère, cumul d’emploi, conditions de travail catastrophiques… : alors qu’elles sont indispensables pour le fonctionnement des établissements scolaires, elles font partie des personnels les plus invisibilisés et méprisés par l’institution.

Les AESH en lutte contre les PIAL

Pour un salaire de misère, en moyenne inférieur à 900€, les AESH, qui sont à 92,4 % des femmes, sont fréquemment obligées de cumuler plusieurs emplois pour vivre (encadrement des temps de cantine, animation des temps périscolaires etc). En effet, l’administration leur impose souvent un temps de travail partiel, la plupart du temps de 24h par semaine. Ainsi, elles sont 98 % à ne pas travailler à temps plein. 

 La réforme des PIAL aggravent encore considérablement leurs conditions de travail et de vie :

- Elles cumulent le suivi de plus d’élèves, y compris sur plusieurs établissements

- Forcées de se déplacer sur leur temps personnel, elles n’ont plus la possibilité de cumuler plusieurs emplois pour avoir un salaire viable

Alors qu’elles sont en lutte depuis près d’un an pour réclamer un statut, un salaire décent et des meilleures conditions de travail, la seule réponse du ministère est une revalorisation salariale méprisante et inapplicable : 14€ par mois de plus au moment du recrutement, mais qui tombe en désuétude dès le 1er octobre 2022, en raison de l’augmentation du SMIC. Très peu relayée par les médias, leur lutte ne faiblit pas. 

Les ATSEM des écoles maternelles

82 % des ATSEM sont des femmes. Dans les écoles, elles assurent des tâches indispensables et polyvalentes, mais pourtant invisibilisées : nettoyage des locaux et matériel scolaire, des vomis et des pipis fréquents en maternelle, gestion des temps de cantine et de sieste, accompagnement pédagogique dans les classes etc. Avec la crise sanitaire, le temps dédié à l’accompagnement pédagogique s’est considérablement réduit, les cantonnant ainsi principalement à des tâches d’entretien.

Les agentes d’entretien 

Alors qu’elles travaillaient déjà dans des conditions déplorables avant la crise sanitaire, la charge de travail des agentes d’entretien a considérablement augmenté, d’autant plus qu’elles ne sont presque jamais remplacées.

Quand elles le sont, les collectivités territoriales recourent de plus en plus à des CDD de très courte durée et même à des sociétés de sous-traitance (interim). La mairie de Saint-Denis tente même de privatiser le nettoyage des écoles de la ville !

A cette précarité s’ajoutent des risques environnementaux très lourds comme l’exposition à l’amiante présent dans de nombreux établissements scolaires du 93.

Et chez les AED...

Si les AED comptent plus d’hommes que les autres catégories de précaires, 60 % d’entre elleux sont néanmoins des femmes. Conçu à l’origine comme un emploi provisoire pour les étudiant·es, la fonction d’AED recoupe aujourd’hui une réalité différente, comme en témoigne la loi toute récente sur la CDI-sation à l’issu de 6 ans d’activité. Si cela peut paraître une avancée, on peut toutefois s’interroger sur ses effets probables. On remarque déjà une féminisation de la fonction au fur et à mesure de l’âge, les hommes AED se faisant de plus en plus rares passés les 30/35 ans. La mise en place de la CDI-sation, si elle ne s’accompagne pas d’une réduction du temps de service (actuellement de 41 heures/semaine à temps plein), d’une amélioration des conditions de travail et d’une revalorisation salariale, entérine la pérennisation de la précarité et de la pénibilité de la fonction, qui touchera sans doute majoritairement les femmes.

Qu’il s’agisse des AESH, des ATSEM, des agentes d’entretien ou des AED, ce sont majoritairement des femmes qui assurent le travail du care sans aucune reconnaissance, ni de statut, ni de salaire, ni de conditions de travail. Par ailleurs, la précarité est à la fois une conséquence et un facteur aggravant des effets du patriarcat, dans la sphère professionnelle comme dans la sphère privée. Elle multiplie, en particulier, le risque d’être exposée à des violences sexistes ou sexuelles. 

* Les données statistiques sont issues du Bilan social du ministère de l’éducation nationale- 2020/2021

 

Violences sexistes et sexuelles : l’inaction de l’administration

Les violences sexistes et sexuelles ne s’arrêtent pas aux portes du monde du travail. Une enquête de 2014 menée par le Défenseur des droits met en avant qu’1 femme sur 5 affirme avoir vécu une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle et près de 30 % de ces femmes n’en parlent à personne. Annoncé comme « la grande cause du quinquennat », la lutte contre les violences faites aux femmes a donné lieu à de nombreuses déclarations. La fonction publique a été mise au cœur de ces annonces : « au titre de l’exemplarité, les employeurs publics ont un rôle à jouer » (circulaire du 9 mars 2018). 

Harcèlement sexuel au collège Robespierre : mais que fait l’administration ? 

Quatre ans plus tard, force est de constater que le compte n’y est pas, comme le montre une affaire qui remonte au mois d’avril 2019 et qui dure depuis plus de deux ans. 

Au collège Robespierre à Épinay-sur-Seine, neuf enseignantes dénoncent à l’époque des faits de harcèlement sexiste et sexuel de la part d’un de leurs collègues à leur chef d’établissement. Après avoir enduré des remarques culpabilisantes et inappropriées de la hiérarchie, validant le pire de la culture du viol : « Comment étiez-vous habillées de jour-là ? », « Certes, il faut protéger les victimes mais aussi l’accusé », « Est-ce que vous avez dit non ? C’est important de dire non. », les victimes ont dû attendre deux mois pour obtenir une protection fonctionnelle. En septembre de la même année, le recteur prend la décision de ne pas muter l’agresseur, par conséquent toujours en poste au collège actuellement, plus de 2 ans après la dénonciation des faits. 

Plusieurs des victimes sont toujours dans l’établissement. D’autres l’ont quitté. Toutes subissent encore les conséquences physiques et psychologiques des violences qu’elles ont vécues et de l’absence de protection de l’administration. 

Le 9 novembre 2021, le tribunal de Bobigny décide de reporter l’audience au 28 juin 2022 afin de consacrer 6h plutôt que 3h à l’audition des victimes convoquées pour témoigner. On ne peut que se féliciter que les plaintes déposées par ces dernières ne fassent pas partie des 93 % classées sans suite en France. En revanche, on ne peut que déplorer l’absence de mesures prises par l’administration de l’Education nationale, pendant deux ans, pour éloigner l’agresseur de ses victimes. 

La mise en place d’une cellule d’écoute...sans moyens et sans communication

Si une cellule d’écoute pour les personnels victimes a enfin été mise en place par le rectorat, on ne peut que s’interroger sur son efficacité. A ce jour, aucun signalement n’a été fait. Pourtant, notre syndicat a été plusieurs fois contacté par des personnes victimes de violences sexistes et sexuelles. Le défaut de communication auprès des personnels sur l’existence de cette cellule, et le manque de moyens qui y sont investis laissent à penser que la lutte contre les VSST n’est pas une priorité pour le rectorat...

SUD éducation 93 dénonce les pratiques de l’administration qui :

⇒ n’accuse pas réception des signalements auprès des agent·es qui dénoncent les violences sexistes et sexuelles

⇒ reçoit les victimes en les culpabilisant, voire en alimentant la culture du viol

⇒ ne propose en premier lieu aucune mesure d’accompagnement ou de protection

⇒ lorsqu’elle agit, tente de convaincre les victimes d’être déplacées

⇒ génère des situations de domination sexiste lors des instances où les interventions des femmes sont régulièrement interrompues par les chefs masculins (DASEN, DAASEN, recteur, chef d’établissement)

SUD éducation 93 revendique :

- Des campagnes de prévention pour les personnels et les élèves.

- Des mesures de protection des agentes et des élèves qui dénoncent les violences sexuelles ou sexistes

- Des formations assurées par l’AVFT (Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail) pour les équipes qui en ressentent le besoin et des moyens, du temps, de la formation et des personnels pour une éducation aux sexualités audelà des 3h annuelles.

- La création d’un poste de référent·e "violences sexistes et sexuelles" au sein du service des ressources humaines du rectorat afin d’éviter que les signalements de violences sexistes ou sexuelles ne restent des semaines sinon des mois sans réponse.

- une cellule d’écoute effective gérée par des personnels formé·es, et une communication d’ampleur quant à l’existence de cette cellule auprès de l’ensemble des personnels 

- Des créations de postes suffisantes pour que chaque circonscription et chaque établissement soit doté de postes de médecins et/ou d’infirmier·es à temps plein et/ou d’assistant·es de services sociaux.

 

5 ans de Blanquer : les élèves subissent aussi le sexisme du ministère 

La réforme du lycée imposée par Blanquer accroît les inégalités filles-garçons en maths

Plusieurs sociétés savantes et associations de mathématiques ont récemment dénoncé la régression de la part des filles inscrites dans la spécialité mathématiques à partir de la Première au lycée général. En s’appuyant sur des chiffres publiés par le ministère en 2021, on constate qu’alors que la part des filles progressait régulièrement dans cette discipline depuis 1994, ce chiffre s’est effondré depuis la reforme du lycée, retombant à un niveau inférieur à celui de 1994.

Les réformes d’austérité dans l’Éducation nationale retombe une fois de plus sur des personnes minorisées et renforcent les inégalités et les stéréotypes de genre.

« Tenues républicaines » : les élèves contre-attaquent ! 

Régulièrement au sein des établissements scolaires, des élèves sont blamées pour leur tenue vestimentaire, et se voient même parfois refuser l’accès à leurs lieux d’étude. En septembre 2020, des lycéennes appellent sur les réseaux sociaux à une journée de contestation contre ces restrictions sexistes. Interrogé sur la question, Jean-Michel Blanquer répond : "Chacun peut comprendre que l’on vient à l’école habillé d’une façon, disons… je dirais républicaine."

Au-delà du ridicule de la réponse du ministre, l’argumentaire selon lequel les tenues des jeunes filles « exciteraient les garçons » ou « les empêcheraient de se concentrer en classe » vient encore renforcer l’imaginaire de la culture du viol. 

Le contrôle de la tenue des jeunes filles semble d’ailleurs être une obsession pour l’administration, qui, lorsqu’elle n’est pas occupée à condamner les crop-tops, s’alarme cette fois des jupes « trop longues » et des bandeaux lors des formations sur la laïcité. 

Violences sexistes et sexuelles sur mineur-es : ni prévention, ni protection 

Les enfants ne sont pas épargnés par les violences sexistes et sexuelles. 

En France, c’est un·e enfant sur 10 qui est victime d’inceste. Au primaire c’est 1 enfant par classe, au secondaire 2 ou 3.

Au sein même du système scolaire, que des violences soient perpétrées par d’autres élèves ou par des adultes, elles sont souvent étouffées et les victimes rarement protégées. Face à ces constats alarmants, l’Éducation nationale ne donne toujours pas les moyens nécessaires : ni pour la prévention, ni pour l’accueil de la parole des victimes, ni pour leur protection et leur accompagnement. Cette situation catastrophique est amplifiée par le manque criant de personnels médico-sociaux (1 assistant-e sociale pour 2358 élèves, 1 infirmièr-es pour 1261 élèves, et 1 médecin-eine pour 13 657 élèves dans le 93) et par le manque de formation de l’ensemble des personnels. Ces violences ont des conséquences dramatiques pour les élèves : le suicide de Dinah en 2021, victime de lesbophobie et racisme à l’école ainsi que ceux de Doona et Avril, élèves trans, en 2020, en sont des exemples marquants.

TOUS·TES EN GRÈVE LE 8 MARS !!!