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Réaction des professeur-es de Lettres du collège Henri Barbusse concernant le sujet de brevet 2016 de français – première partie Le 23 juin 2016
Article publié le 24 juin 2016

Réaction des professeur-es de Lettres du collège Henri Barbusse
concernant le sujet de brevet 2016 de français – première partie
Le 23 juin 2016

Nous préparons nos élèves à l’épreuve de brevet dans le respect des programmes et conformément aux recommandations qui nous ont été données par nos inspecteur-rices. Nous étions ainsi encouragé-es, dans le cadre de la préparation de cette épreuve, à entraîner les élèves sur la base de questionnaires au barème progressif qui partaient de prélèvement d’indices et les amenaient à une interprétation personnelle, notamment dans le cadre de la dernière question, une question d’ouverture.

Les questions du brevet 2016 de français ne correspondent pas à cette recommandation. Le barème n’est pas progressif. D’autre part, les deux dernières questions sont bien des questions d’ouverture qui permettent aux élèves d’exprimer une interprétation personnelle, mais les questions précédentes ne leur permettent pas de s’appuyer sur des indices textuels suffisants. Sur les 7 questions précédentes (en comptant les deux sous-parties de la question 2), trois sont déjà des questions d’interprétation qui nécessite un recul sur le texte et une capacité d’abstraction :

* La question 2b/ est très obscure : que signifie « un effet d’obsession » ? Demander de prélever des indices textuels (répétition de « un...deux...trois...quatre... », points de suspension, par exemple), puis d’en donner une interprétation aurait été plus conforme aux recommandations qui nous sont données, et à partir desquelles nous préparons les élèves à l’examen ; en effet, l’attention que le narrateur porte aux gouttes qui tombent peut sans doute être qualifiée d’obsession ; mais elle pourrait être aussi une stratégie pour lutter contre l’angoisse, l’ennui, etc. Le sujet plaque donc une interprétation sur un texte, enferme les candidat-es dans cette interprétation : nous sommes à l’opposé des recommandations qui nous sont données.

* La réussite à la question 3 dépend directement des analyses précédentes. Les élèves déstabilisé-es par la formulation obscure de la question 2b sont dont à nouveau pénalisé-es. Par ailleurs, rien n’indique dans le texte que le narrateur lutte contre ce que la consigne appelle son obsession. La question invite à repérer des indices de réponse de la ligne 5 à la ligne 27 a posteriori, après avoir posé la question d’interprétation. Enfin, l’interprétation unique qu’impose cette question est contestable :
- de la ligne 5 à la ligne 8 le narrateur affirme qu’il compte les gouttes, qui « l’obsèdent », jusqu’à mille : demander aux candidat-es d’affirmer qu’il lutterait contre son « obsession », qui serait les gouttes, alors qu’il les compte jusqu’à mille, est très contestable.
- à partir de la ligne 9, rien n’indique que le narrateur se récite des poésies pour lutter contre son « obsession ». Aucun conflit interne n’est marqué par des indices explicites. Si cette interprétation n’est pas exclue, elle n’en reste pas moins une possible parmi d’autres. Là encore, le sujet fige le texte dans une interprétation : une fois de plus, c’est contraire aux recommandations qui nous sont données.

*La question 5 ouvre à une interprétation personnelle, mais dans un mouvement qui est contraire aux recommandations données par nos inspecteur-rices, puisque le repérage d’indices se fait a posteriori.

Le sujet impose donc une interprétation unique et discutable à un texte littéraire, et le questionnaire repose sur une méthode qui n’est pas celle que l’on nous demande de suivre quand nous entraînons nos élèves. Cela pose une fois de plus la question de la contradiction flagrante entre les recommandations que nous devons suivre, et la réalité de l’examen : comment former nos élèves dans ces conditions ? Et quelle crédibilité pouvons-nous encore avoir à leurs yeux et à ceux de leurs familles ?